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Aborder un album de Lisa Gerrard, c'est comme se trouver devant une forteresse couleur de jais, intimidante et imposante. Cette musique semble si impénétrable ...On tâtonne, comme effleurant  des pierres colossales à la recherche d'une porte. Enfin, on entre et on laisse le mystérieux bâtiment nous accueillir en son sein. Mais c'est seulement si l'on accepte de s'y perdre que l'on découvre les lieux secrets qui s'y cachent.



Pour son deuxième album en solo, Lisa a collaboré avec le percussionniste australien Pieter Bourke, avec qui elle avait déjà travaillé sur The Mirror Pool et sur la tournée Spiritchaser avec Dead Can Dance. La musique de Lisa garde la même esthétique, ces mêmes atmosphères mystiques ou pesantes et ce goût affirmé pour les rythmes tribaux ou orientaux .C’est là que le talent de Pieter Bourke peut s'exprimer pleinement.



La première apparition qui s'offre au visiteur attentif, c'est le spectre plaintif de Shadow Magnet qui hante les corridors dénués de lumière.

Soudain, comme si l'on ne soupçonnait pas la vie qui s'y cachait, surgit un espace peuplé qui se colore, au rythme chaloupé des percussions orientales. L’étroit couloir se change alors en une rue animée et vivante. Dans un lieu plus confidentiel, Tempest  dévoile une chambre secrète, repère de magie noire qui laisse résonner les accents cérémoniaux d'un rite ancien. Le chant se montre malicieux ,velouté et se mélange harmonieusement aux  ornementations vives que Madjid Khaladj, maître des percussions iraniennes ( tombak, daf et zang), fait pleuvoir avec toute son expertise. Forest Veil place l'auditeur au centre du bâtiment, dans un jardin persan, pour une déambulation poétique dans un paradis botanique où peuvent naître les rêves. The Comforter et The Unfolding guident nos pas vers le temple, lieu des résonances sacrées. Là, les voix entrelacées et leurs vibrantes harmoniques éclatent le long des voûtes.Le visiteur des lieux se trouve malgré lui percuté et enveloppé de vibrations magnétiques, délicieusement engourdi par la force surnaturelle émanant de la céleste voix de Lisa. Le rythme lent et la voix hypnotique de Pilgrimage of Lost Children maintient l'auditeur dans son engourdissement et le guide irrésistiblement vers d'autres horizons. Au terme d'une progression ascensionnelle,nous voilà postés au sommet d'une tour d'où notre regard peut se perdre sur l'étendue d'un désert brûlant, les tempes battant au rythme des percussions lentes, implacables. Puis c'est l'éveil, le sentiment de clairvoyance. Le superbe The Human Game se déroule de façon radieuse et se révèle la plus belle composition de cet album.On fait irruption dans la colossale et chatoyante salle de réception pour un moment d'exaltation. Après une introduction aérienne et intense, Lisa  y délaisse sa précieuse glossolalie pour un chant en langue anglaise. Elle utilise sa voix de façon différente, dans la retenue, sous une cascade de percussions et de lumineux yangqin. Le rythme, dansant, et les voix d'enfants invitent au bonheur et à sa célébration. La voix semble parfois chevrotante est fragile, contrastant avec la gravité et la puissance qu'elle insuffle dans la partie finale. Avec Sacrifice, Lisa élève son chant pur et divin .On retrouve la magie de Sanvean et sa beauté tragique. La forteresse se fissure, les murs tombent . L’éblouissante prestation vocale réduit en poussière les lieux sombres où l'humain se retranche. Il les vaporise en des milliers de particules de lumière. Les éclats d'or déposés tracent un chemin de joie d’où, au rythme plus léger de Nadir, l'optimisme sort vainqueur .



Lisa Gerrard poursuit ses pérégrinations exotiques et mystiques, évoluant dans le style unique et hors-norme qu'elle a créé avec Brendan Perry pour Dead Can Dance , durant presque deux décennies. Elle s'épanouit en solo à présent mais ne manque pas d'enrichir son travail et son expérience de nombreuses collaborations. Duality marque une nouvelle communion artistique ,cette fois avec Pieter Bourke. Elle unira  également son talent à celui d’ Hans Zimmer pour Gladiator en 2000 et Marcello De Francisci pour plusieurs longs-métrages et l'album Departure.Elle collaborera avec le compositeur irlandais Patrick Cassidy en 2004 pour l'album introspectif Immortal Memory.En 2008,c’est à Klaus Schulze, pionnier de la musique électronique , qu'elle prêtera sa voix.

Lisa poursuit donc son chemin,s’abreuvant d’expérimentations et de rencontres . Pourtant, elle

garde ce qui fait d'elle une artiste unique, ce goût pour les univers captivants, intenses et

contemplatifs et surtout ce chant profond, étonnant, presque irréel, produit d'une émotion pure.

 

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