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À l'opposé de ce qu'a proposé Dead Can Dance et ses expérimentations rythmiques et sonores, Brendan Perry livre en 1999 Eye of the hunter  son premier album solo , dans lequel il se dévoile, dans une simplicité à l' efficacité redoutable.

Alors que Dead Can Dance s’est toujours affranchi de catégorisation, Brendan compose là un album qu'on peut qualifier de folk. Inscrit profondément dans son expérience personnelle, traitant de sujets intimes tels que la relation entretenue avec son père ou de sujets plus universels comme la disparition, la colère, l'inertie ou l'amour, Brendan compose une musique plus dépouillée, aux percussions minimales. Il laisse place à la voix, au chant et au lyrisme. Il taille la part belle à l'émotion véhiculée par le texte, indissociable de l'efficacité de mélodies puissantes, et c’est sa voix qui fait merveille, toujours plus profonde est saisissante.

 

Dans un souffle lent, l'album fait d'abord résonner la voix chaleureuse et veloutée de Brendan, déroulant les notes radieuse de Saturday's Child. Grâce à cette voix pleine, parfois intentionnellement éraflée , toujours gorgée d'intentions,on chavire dans un puits de douceur.

La douce réverbération de la voix de Brendan surplombe avec enchantement les arrangements subtils de clavier et de guitare .

Voyage of Bran irradie lui aussi, dans un mouvement tournoyant, si lent que la musique semble suspendue ,jusqu'à l'immobilisation finale.

Des arpèges de guitare comme fil conducteur à la contemplation, de tristes résonances de cordes comme compagnes, dans un espace semblant insondable, voilà comment Brendan parvient avec Maestra à nous pétrifier. Le charme se poursuit dans la savoureuse aspiration de la valse ténébreuse intitulée Médusa, au son de cordes et d’enivrants claviers, aussi glaçants que le regard de la Gorgone

On quitte cet état extatique pour apprécier Sloth et ses accents country .On se régale de la performance vocale sans faille de Perry, qui trouve là encore une très belle occasion de laisser sa voix sombre et mélodieuse s'exprimer. Sa maîtrise vocale n'étant plus à démontrer, il se livre ensuite magnifiquement à une reprise d'un morceau de Tim Buckley  I must have been blind, revendiquant définitivement son intérêt pour le folk song des années 60. Une voix, des instruments acoustiques, la simplicité, l'authenticité au service de la mélodie. Des notes de pedal steel guitar enlacent les envolées vocales illuminées d'écho de Brendan, qui apportent leur touche de magie à ce morceau, spécialement dans le final, cousu de claviers chavirants.

Feutré,  The Captive Heart prend place dans un univers jazzy. L'expression des cymbales, tout en retenue, élément essentiel du groove jazz, anime le morceau. Le chant, élégant, satiné, vibre avec classe et en impose par sa présence. On se sent enveloppé dans une bulle soyeuse. Brendan y apporte là encore sa touche crépusculaire à travers l'utilisation d'un cor et lorsqu'il fait pleuvoir dans sa conclusion une mélodie plus dramatique, du plus bel effet.

Retour dans un univers country, voire blues, avec  Death will be my Bride  et sa guitare flegmatique, morceau trop lisse peut-être …

On retrouve ,pour finir ,Brendan, le passager céleste, dans un morceau épuré, perclu de vibrations magnétiques à la Radiohead. Archangel alterne vocaux hauts perchés et voix pleine et affirmée et pour finir, nous permet de renouer avec bonheur avec l'ambiance stellaire de How Fortunate the Man with None d’ Into the Labyrinth, morceau conclusif au même goût d’infini.

Que sa musique se révèle folk, qu'elle prenne des accents country ou baigne dans les vapeurs d'un club de jazz, brendan Perry ne se départit jamais de la mélancolie qui façonne sa personnalité artistique. Il nous rappelle alors le paradis nocturne qui savait tant nous enivrer avec Dead Can Dance et délivre une musique toujours nimbée d’une aura lunaire. Sur un tissu de sujets désenchantés, il sait pourtant nous mener vers son royaume d'apaisement, dans cet album brodé d'une délicate quiétude.

 

BRENDAN PERRY | Medusa