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La créativité ne semble plus quitter BIG BIG TRAIN. A peine un an après la sortie du monumental Folklore,BIG BIG TRAIN peut se targuer d'offrir à ses fidèles un nouvel écrin à la hauteur de son prédécesseur. Le très inspiré Grimspound ,album compagnon de Folklore,nous démontre la solidité du groupe, où chacun des 8 membres prend sa place avec caractère,dans une harmonie radieuse. Chacun dispose d'un espace d'expression équivalent, pour un travail collaboratif riche et ambitieux :

David LONGDON chanteur multi-instrumentiste,qui brille par ses performances vocales et ses interventions à la flûte , Nick D'VIRGILIO à la batterie, Danny MANNERS à la basse et aux claviers,Rikard SJOBLOM à la guitare et aux claviers ,Rachel HALL au violon , Greg SPAWTON à la basse,Dave GREGORY à la guitare électrique et Andy POOLE à la guitare acoustique et aux claviers. David LONGDON et Greg SPAWTON ,paroliers et compositeurs du groupe ont laissé un espace de liberté à leurs compères qui sont intervenus dans la composition des morceaux.Le groupe en ressort plus solide et créatif que jamais.

BIG BIG TRAIN incarne une force, un ancrage. Le groupe est fermement amarré et fidèle, d'abord au genre progressif, mais aussi à des lieux,des traditions ,des personnages et des symboles . Il tisse des liens et garde précieusement sa cohérence en multipliant clins d'oeil et parallèles par rapport à sa propre discographie.

 

Dixième album du groupe (5ème avec David Longdon),Grimspound offre ses pépites au fil des écoutes répétées et attentives. C'est un foisonnement comportant ses moments de grace, ses étincelles de génie, qui suppose de l'auditeur une attention soutenue,dans la plus pure tradition du progressif. Pour preuve,les deux morceaux fleuves de l'album Brave Captain et A Mead Hall In Winter ,qui regorgent d'ambiances changeantes,d'alternances rythmiques,de ruptures,d'envolées,d'accalmies et de variations mélodiques.Brave Captain ,passionnant, marie la guitare dramatique et le violon aérien,enrobant le tout dans des sonorités envoûtantes de clavier,qui ne sont pas sans rappeler CAMEL. Tel l'aviateur jaillissant des nuages,la musique irradie ou se suspend délicatement. A Mead Hall In Winter n'en finit pas d'étonner. On savoure la succession des différents tableaux et les différentes incursions du thème entre les ruptures. On assiste à l'avènement de la basse prégnante sur violon gracile et choeurs de velours.Est construite une superposition de couches sonores, comme une multitude de voix qui donnent une épaisseur savoureuse à l'ensemble. On est témoin de la démonstration de force du clavier facétieux et libre, qui déroule avec audace une vaste gamme d'idées . La batterie de Nick D'VIRGILIO est débridée,il participe au déluge avec maestria.

Big Big Train n'est pas en reste sur les morceaux courts,où chaque instrument a l'opportunité de briller. C'est le cas par exemple dans On the racing Line ,où chacun apporte sa touche : piano trépidant,batterie bouillonnante,tristesse des cordes et mélancolie de la flûte venant rompre cette frénésie, puis sons étranges de clavier sur guitare volubile.

 

Grimspound constitue la suite ou le second volet de Folklore. Certains passages de batterie du morceau-titre furent enregistrés par Nick au studio Real World au moment de l'enregistrement de Stone and Steel. Ce titre devait figurer sur un EP devenu donc un album. The Ivy Gate prit naissance en même temps que le morceau Folklore .En effet, il découle d'une expérimentation au banjo qui ne trouva pas sa place dans le morceau et qui constitue la trame d'une nouvelle idée. A Mead Hall In Winter était au départ voué à figurer sur Folklore mais il ne fut pas terminé à temps . Pour Grimspound, Rikard l'a retravaillé et enrichi , le transformant en cette pièce épique. Ce morceau est également une revisite du thème de The Underfall Yard . On The Racing Line reprend l'histoire de Brooklands et son personnage John Cobbs,tandis que nous retrouvons l'Uncle Jack de English Electric dans l'ambiance pastorale de Meadowland. Ces personnages récurrents côtoient dans Grimspound d'autres héros ,le capitaine Albert Hall,héro national,aviateur au destin tragique de la première guerre mondiale,dont l'histoire avait ému David Longdon lorsqu'il était enfant, et l'explorateur Captain Cook et son équipage de scientifiques ,botanistes et astronomes qui illuminèrent le monde de nouvelles connaissances.

Comme inondé des valeurs des Lumières ,le ton de l'album est d'un optimisme farouche,la tension qui enfle ,souvent dramatiquement,se mue toujours en un délicat mouvement d'apaisement . Le chant de David LONGDON ,dont le timbre rappelle celui de Peter GABRIEL,allie puissance et retenue.Avec subtilité ,il fait jouer variations vocales et mosaïque d'intentions. Dans le très folk The Ivy Gate, morceau à l'humeur changeante,comme le temps sur la campagne anglaise,David interprète des mélodies déchirantes,suivies de passages désabusés et d'instants empreints de douceur,laissant s'exprimer Judy DYBLE et son timbre diaphane.L'interprétation de David LONGDON dans Meadowland est une bouffée de sérénité. Au milieu de notes cristallines de violon,d'arpèges étincelants de guitare et d'un piano enjoleur ,la mélodie se révèle apaisante,le texte positif,assertion de la confiance en l'Humain,rassemblé dans un lieu idéalisé où la communication est possible. En nos temps troublés,de tels morceaux sont des refuges .

 

L'album est ambitieux,sur la forme comme sur le fond. Le symbolisme du corbeau « Grimspound »,escortant l'âme du monde des vivants au monde des morts représente la mémoire des ancêtres. Ce qui reste et témoigne du passé ,thème cher à BIG BIG TRAIN , rend perceptible le lien qui subsiste de manière intemporelle au sein de l'humanité. Cette idée donne lieu à une ambivalence de sentiments dépeinte dans le morceau-titre,qui navigue entre légèreté et atmosphère onirique, gravité et profondeur,bouffée d'optimisme et enfin,accès au sacré avec une conclusion laissant résonner une langue mystérieuse ,qui nous rappelle le superbe passage du même type dans The Transit Of Venus Across The Sun, surFolklore. Il s'exhale de ce morceau la magie des cercles de pierres,tel celui de Grimspound,au sud de l'Angleterre,dans la région du Dartmoor.

A l'image de cette musique aux multiples visages,ces dômes de granit habillés de bruyères et de lande,recouverts de lumière ou de rubans de brouillard,peuvent se révéler ravissants ou troublants de gravité.Alors ,on traverse les morceaux comme on traverse les rivières,on se niche dans les vibrations douces comme dans les combes,on s'extasie des harmonies vocales et des performances des musiciens comme devant un paysage teinté de romantisme et l'on goûte avec interêt au message porté par cet album exigeant,foisonnant et porteur de sens.

Experimental Gentlemen (Part Two: Merchants of Light)