COS06-FRONTCOVER

Une errance nocturne, une route de campagne, un moteur, des voix, des pas, les lumières qu'on imagine dans la pénombre. Le silence de la nuit soudainement habité de vrombissements , le goût magnétique du surnaturel: l’introduction captivante du nouvel album de Cosmograf The Unreasonable Silence nous happe et , aussi clairement que l'image d'un film s’imprimant sur la rétine, le son vient titiller nos imaginations fertiles pour nous conter l'histoire d'un homme perdu dans un monde incompréhensible.Robin Armstrong nous livre une relecture de la philosophie de l'absurde de Camus à travers les tourments d'un homme désirant connaître sa raison d'être et qui cherche à être sauvé, pensant qu'il peut exister à nouveau au-delà du monde des humains.

 

Avec This Film Might Change Your Life , le voyage commence. Les bruitages étranges illustrant le contact avec des entités extraterrestres précèdent une étonnante salve de tirs de bataille stellaire, suivi de la retransmission d'une communication spatiale.Ces nombreux effets sonores permettent à Robin de donner à ses compositions beaucoup de caractère, et quand la batterie et les guitares s’en mêlent, c'est un déferlement de puissance. Au milieu trône un clavier tantôt euphorique, tantôt céleste.Robin se lance dans un solo de guitare brillant, associé à la basse musclée, pour un instrumental épique. Le chant est assuré,la mélodie efficace, ponctuée de séquences vocales déformées et inquiétantes. Après cette intense entrée en matière ,la guitare se fait mélancolique. Nous pouvons entendre un message de répondeur et devinons que le héros de notre histoire ne répondra pas.Non, au lieu de cela ,Robin se livre à l’ interprétation d'une mélodie tristement radieuse ,celle de Plastic Men ,où l'intensité du refrain livre l'énergie du désespoir.

Arcade Machine transpire l'anxiété et la paranoïa. Au départ, la voix de Robin lancée à pleine puissance insuffle une grande tension dramatique. Puis, le morceau alterne avec habileté des passages intensément sombres faisant résonner voix doom et riffs heavy et des passages psychédéliques de clavier et de guitare associés à un chant rappelant Waters. La voix d'outre-tombe ( ici d'outre-monde) installe une ambiance noire illustrant l'aliénation, la dématérialisation du monde virtuel. Dans la conclusion, magnifique, un solo de guitare de toute beauté illumine ce monde obscur.

RGB nous rappelle que Robin est un admirateur de Steven Wilson et que l'œuvre  de ce dernier a laissé en lui une empreinte forte. Au milieu de superbes envolées Wilsoniennes, on entend une voix presque métallique dans une atmosphère ouatée. Témoignage d'une âme confuse, faisant face à l'isolement , à une addiction télévisuelle et à de sévères hallucinations. Moment de folie d'un esprit embrumé, imbibé de folklore concernant les UFO et les aliens. Ils sont là, il les entend... “ We are coming for you”....

Entrée dans un prog rock  rayonnant, avec Four Wall Euphoria , habillé de choeurs vibrant à la manière des envolées de Pink Floyd. C'est ici la voix de Rachael Hawnt qui, entre autre, fait merveille, secondant la mélodie affirmée de Robin. Au gré de palpitations sonores dominées par une basse ultra- présente et un clavier mouvant, on nous enveloppe de guitares distordues puis funky. On nous injecte une bonne dose de substances addictives dans le dernier quart du morceau, monologue sur basse fiévreuse irradiant d'un sentiment d'urgence. Puis, on sombre en plein délire paranoïaque avec The Uniform Road . Gorgé d’effets sonores, de messages bienveillants et inquiets contrastant avec de menaçantes voix extraterrestres, le morceau se développe dans des riffs brutaux et des vocaux à pleine puissance. La section rythmique redouble d'énergie. Le résultat est un pur régal sonore qui nourrit à la fois  sens et imagination.

 

On ne compte pas un seul morceau faible sur cet album, mais mieux que cela, les trois derniers en sont l’apothéose. Apaisés, ils figurent la délivrance et le départ vers un monde meilleur. L’errance nocturne qui nous avait été présentée en introduction prend sa place dans la narration dans le court morceau The Silent Field . La rencontre salvatrice a lieu dans un univers sonore d'une profondeur intense. La nuit nous englobe, dans la solitude de la campagne, laissant s’épancher le mystérieux et le surnaturel. On quitte  la pesanteur terrestre avec le petit joyau hypnotique Relativity. C'est le morceau qui évoque le plus Porcupine Tree, en particulier dans sa partie finale, où la tension créée par la basse, suivie  d'un superbe déluge de guitare ,se situe quelque part entre Deadwing et Hatesong. Le final The Unreasonable Silence,floydienne pièce maîtresse de l'album, en est une parfaite conclusion. Guitare cristalline, mélodie veloutée, impression de flotter au-dessus de toute tension sur des notes de claviers rêveurs. Décollage vers l’inconnu ,déferlement d'émotions ….” Tell me now where you are”...déclame avec majesté Rachael Hawnt ,avant que la dernière vibration sonore ne soit rompue par un coup de feu, brutal, inattendu, et suivi d'un silence glaçant. On en ressort soufflé, tout simplement.

Expérience auditive globale et intense, on entre en immersion totale en écoutant The Unreasonable Silence. Robin Armstrong démontre ici son perfectionnisme dans la texture du son qui veut délivrer, sans compter la qualité remarquable de ses compositions. En s'entourant de pointures telles que Nick D’Virgilio à la batterie ( sur tous les titres), Nick Beggs et Dave Meros à la basse, il livre un petit bijou, à côté duquel vous ne devez pas passer.

Cosmograf - "The Unreasonable Silence"

Cosmograf - The Unreasonable Silence - Trailer#1