Arrived Somewhere

09 juin 2017

Anathema- The Optimist -Juin 2017

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Parler d’ ANATHEMA engage forcément l'affect. Le groupe des Frères CAVANAGH sait plonger son auditoire dans une mélancolie irradiée d'intenses éclats lumineux et c'est toujours l'émotion qui l'emporte, de décharges de beauté en rugissements de tristesse. C’est donc un groupe auquel je tiens tout particulièrement qui présente ici son 11ème album intitulé THE OPTIMIST .

 

 

Lors du concert donné à Caen le 12 novembre dernier, ANATHEMA présenta quelques nouveaux morceaux, dont Ghosts, Springfield,The Optimist et Can’t let go intitulé à ce moment “ John Martyn” . Danny expliqua que l'idée de départ de ces nouvelles compositions était de s'intéresser au destin de l'homme protagoniste de leur 6ème opus A FINE DAY TO EXIT, qui abandonne tout et semble sceller son destin en s’offrant à l’océan. 16 années et 5 albums plus tard , nous retrouvons la plage figurant sur la pochette de A FINE DAY TO EXIT .En effet , l’introduction désignée par les coordonnées GPS de ce lieu nous y replace et l’on peut entendre des bruits de vagues, l’homme remontant en voiture , allumant son auto-radio . On comprend que le personnage est revenu sur sa décision et semble prêt à un nouveau départ. Tout ceci n'est qu'un prétexte, car l'album ne se veut pas concept-album. On ne nous raconte pas d'histoire.Avec ANATHEMA, le propos est universel et parle à chacun de nous. C'est donc à l'auditeur de donner un sens à ce récit inachevé et d'y placer ses propres sentiments, ses peurs, ses espérances, tout comme les membres du groupe l'ont fait en le composant. La musique s’y prête volontiers, on y glisse  voluptueusement . Elle s’avère hypnotique, linéaire et nuancée dans son intensité malgré peu de ruptures, et délicieusement émotionnelle.

ANATHEMA propose ici une habile construction, synthèse de ce qui constitue à la fois sa force et sa personnalité. On retrouve l’identité du groupe que l’on aime tant, et on adhère à leur évolution , aux nouveaux éléments qu'il distille savamment. On retrouve avec un plaisir non dissimulé cette tension contenue qui ne demande qu'à être libérée, ces montées en puissance typiques du groupe . Adeptes du grand frisson à la façon ANATHEMA, vous décollerez sûrement en écoutant The Optimist (le morceau) avec sa douce introduction alliant piano et voix, sa poussée d'adrénaline à l'arrivée de la guitare et de vocaux plus appuyés, la reprise de la mélodie par l'intégralité des instruments dans un climax, où la guitare hurlante vient vous fendre le coeur ,et son accalmie au son de derniers échos. Gageons que Springfield ne vous laissera pas indemne non plus ; à partir de quelques notes simples et de deux phrases scandées par la magnétique Lee DOUGLAS , le groupe nous a concocté une petite pépite d’émotion , qui enfle toujours plus. Dans un rythme implacable et envoûtant, on vibre à l'unisson. La voix de Lee est un nectar, radieuse et touchante dans Endless Ways, lumineuse et aérienne dans Ghosts, elle sait faire irradier les mélodies et les rendre addictives. Depuis A NATURAL DISASTER , ANATHEMA a intégré à sa musique des éléments électroniques. Leur facette électro avait pris beaucoup de place sur le très inégal DISTANT SATELLITES ,décevant certains adeptes qui n’y retrouvaient plus l’identité du groupe sur certains morceaux. En effet, la personnalité d’ANATHEMA semblait y avoir disparu alors qu'elle était paradoxalement fortement affirmée sur d’autres morceaux.Cela sonnait presque comme un adieu au groupe que nous connaissions. Fort heureusement, il n’en est rien , ici l’album opère une synthèse parfaite entre l’ANATHEMA de A FINE DAY TO EXIT et celui de DISTANT SATELLITES .Encore mieux, c’est comme si le groupe , après ses débuts doom-metal , son ancrage atmosphérique,son virage pop-rock, son renouveau progressif,ses envolées symphoniques et des expérimentations électroniques , avait trouvé son mode d'expression le plus efficace, en dosant savamment les différents ingrédients de sa musique.

L'album assume donc pleinement la variété de ces ambiances, même au sein d'un seul morceau.En effet, dans Wildfires ,l'étrangeté de nappes de voix fantomatiques superposées , où l’on sent l’influence de RADIOHEAD (que l'on ressent à de nombreuses reprises d'ailleurs ), côtoyant un martèlement de batterie électro précède un climax propre à ANATHEMA, poussée d'adrénaline soudaine, nous agrippant violemment en nous rappelant le magnifique A Simple Mistake  et son “It’s never too late” (ici transformé en “It's too late”), assurant ici le lien avec l’histoire du groupe. Juste avant, le sombre et jazzy Close Your Eyes  a fait de Lee DOUGLAS la vénéneuse chanteuse d'une boîte de jazz, illustrant l’errance et le spleen , en ajoutant une teinte nouvelle à la palette du groupe. Si l'on devait faire la fine bouche et leur reprocher quelque chose , on dirait qu'il manque dans le chant de Vincent (chant qui avait oh combien progressé depuis leurs débuts!) la grandiloquence, l’intensité qu'il était parvenu à atteindre.Ici on n’a pas la superbe de Flying ou d’ Untouchable , on n’égale pas l’exacerbation de l’émotion d’ Anathema ou de la fin dramatique de The Storm Before TheCalm, pour ne citer qu'eux. Mais si l’on voit les choses autrement ,on peut dire qu'il laisse la place à plus d'optimisme ...justement …. on verse moins dans le  pathos et on se laisse même gagner par des vibrations très positives. C'est le cas avec Can't Let Go qui déploie un rythme rapide,soutenu par une guitare en continue, un morceau à l'énergie contagieuse qui fait du bien Puis, dans le final Back to the start, la voix chaude de Vincent, au timbre rassurant et profond, malgré sa retenue, offre sa place à un très beau déploiement mélodique instrumental, suivi de choeurs optimistes proclamant “ Back To The Start”, apothéose solaire conclusive, quiconfirme la place de choix qu’occupe ANATHEMA dans le cœur de nombre d’amateurs de musiques progressives.

Anathema - Springfield (from The Optimist)





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03 juin 2017

Big Big Train -Grimspound - 28 Avril 2017

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La créativité ne semble plus quitter BIG BIG TRAIN. A peine un an après la sortie du monumental Folklore,BIG BIG TRAIN peut se targuer d'offrir à ses fidèles un nouvel écrin à la hauteur de son prédécesseur. Le très inspiré Grimspound ,album compagnon de Folklore,nous démontre la solidité du groupe, où chacun des 8 membres prend sa place avec caractère,dans une harmonie radieuse. Chacun dispose d'un espace d'expression équivalent, pour un travail collaboratif riche et ambitieux :

David LONGDON chanteur multi-instrumentiste,qui brille par ses performances vocales et ses interventions à la flûte , Nick D'VIRGILIO à la batterie, Danny MANNERS à la basse et aux claviers,Rikard SJOBLOM à la guitare et aux claviers ,Rachel HALL au violon , Greg SPAWTON à la basse,Dave GREGORY à la guitare électrique et Andy POOLE à la guitare acoustique et aux claviers. David LONGDON et Greg SPAWTON ,paroliers et compositeurs du groupe ont laissé un espace de liberté à leurs compères qui sont intervenus dans la composition des morceaux.Le groupe en ressort plus solide et créatif que jamais.

BIG BIG TRAIN incarne une force, un ancrage. Le groupe est fermement amarré et fidèle, d'abord au genre progressif, mais aussi à des lieux,des traditions ,des personnages et des symboles . Il tisse des liens et garde précieusement sa cohérence en multipliant clins d'oeil et parallèles par rapport à sa propre discographie.

 

Dixième album du groupe (5ème avec David Longdon),Grimspound offre ses pépites au fil des écoutes répétées et attentives. C'est un foisonnement comportant ses moments de grace, ses étincelles de génie, qui suppose de l'auditeur une attention soutenue,dans la plus pure tradition du progressif. Pour preuve,les deux morceaux fleuves de l'album Brave Captain et A Mead Hall In Winter ,qui regorgent d'ambiances changeantes,d'alternances rythmiques,de ruptures,d'envolées,d'accalmies et de variations mélodiques.Brave Captain ,passionnant, marie la guitare dramatique et le violon aérien,enrobant le tout dans des sonorités envoûtantes de clavier,qui ne sont pas sans rappeler CAMEL. Tel l'aviateur jaillissant des nuages,la musique irradie ou se suspend délicatement. A Mead Hall In Winter n'en finit pas d'étonner. On savoure la succession des différents tableaux et les différentes incursions du thème entre les ruptures. On assiste à l'avènement de la basse prégnante sur violon gracile et choeurs de velours.Est construite une superposition de couches sonores, comme une multitude de voix qui donnent une épaisseur savoureuse à l'ensemble. On est témoin de la démonstration de force du clavier facétieux et libre, qui déroule avec audace une vaste gamme d'idées . La batterie de Nick D'VIRGILIO est débridée,il participe au déluge avec maestria.

Big Big Train n'est pas en reste sur les morceaux courts,où chaque instrument a l'opportunité de briller. C'est le cas par exemple dans On the racing Line ,où chacun apporte sa touche : piano trépidant,batterie bouillonnante,tristesse des cordes et mélancolie de la flûte venant rompre cette frénésie, puis sons étranges de clavier sur guitare volubile.

 

Grimspound constitue la suite ou le second volet de Folklore. Certains passages de batterie du morceau-titre furent enregistrés par Nick au studio Real World au moment de l'enregistrement de Stone and Steel. Ce titre devait figurer sur un EP devenu donc un album. The Ivy Gate prit naissance en même temps que le morceau Folklore .En effet, il découle d'une expérimentation au banjo qui ne trouva pas sa place dans le morceau et qui constitue la trame d'une nouvelle idée. A Mead Hall In Winter était au départ voué à figurer sur Folklore mais il ne fut pas terminé à temps . Pour Grimspound, Rikard l'a retravaillé et enrichi , le transformant en cette pièce épique. Ce morceau est également une revisite du thème de The Underfall Yard . On The Racing Line reprend l'histoire de Brooklands et son personnage John Cobbs,tandis que nous retrouvons l'Uncle Jack de English Electric dans l'ambiance pastorale de Meadowland. Ces personnages récurrents côtoient dans Grimspound d'autres héros ,le capitaine Albert Hall,héro national,aviateur au destin tragique de la première guerre mondiale,dont l'histoire avait ému David Longdon lorsqu'il était enfant, et l'explorateur Captain Cook et son équipage de scientifiques ,botanistes et astronomes qui illuminèrent le monde de nouvelles connaissances.

Comme inondé des valeurs des Lumières ,le ton de l'album est d'un optimisme farouche,la tension qui enfle ,souvent dramatiquement,se mue toujours en un délicat mouvement d'apaisement . Le chant de David LONGDON ,dont le timbre rappelle celui de Peter GABRIEL,allie puissance et retenue.Avec subtilité ,il fait jouer variations vocales et mosaïque d'intentions. Dans le très folk The Ivy Gate, morceau à l'humeur changeante,comme le temps sur la campagne anglaise,David interprète des mélodies déchirantes,suivies de passages désabusés et d'instants empreints de douceur,laissant s'exprimer Judy DYBLE et son timbre diaphane.L'interprétation de David LONGDON dans Meadowland est une bouffée de sérénité. Au milieu de notes cristallines de violon,d'arpèges étincelants de guitare et d'un piano enjoleur ,la mélodie se révèle apaisante,le texte positif,assertion de la confiance en l'Humain,rassemblé dans un lieu idéalisé où la communication est possible. En nos temps troublés,de tels morceaux sont des refuges .

 

L'album est ambitieux,sur la forme comme sur le fond. Le symbolisme du corbeau « Grimspound »,escortant l'âme du monde des vivants au monde des morts représente la mémoire des ancêtres. Ce qui reste et témoigne du passé ,thème cher à BIG BIG TRAIN , rend perceptible le lien qui subsiste de manière intemporelle au sein de l'humanité. Cette idée donne lieu à une ambivalence de sentiments dépeinte dans le morceau-titre,qui navigue entre légèreté et atmosphère onirique, gravité et profondeur,bouffée d'optimisme et enfin,accès au sacré avec une conclusion laissant résonner une langue mystérieuse ,qui nous rappelle le superbe passage du même type dans The Transit Of Venus Across The Sun, surFolklore. Il s'exhale de ce morceau la magie des cercles de pierres,tel celui de Grimspound,au sud de l'Angleterre,dans la région du Dartmoor.

A l'image de cette musique aux multiples visages,ces dômes de granit habillés de bruyères et de lande,recouverts de lumière ou de rubans de brouillard,peuvent se révéler ravissants ou troublants de gravité.Alors ,on traverse les morceaux comme on traverse les rivières,on se niche dans les vibrations douces comme dans les combes,on s'extasie des harmonies vocales et des performances des musiciens comme devant un paysage teinté de romantisme et l'on goûte avec interêt au message porté par cet album exigeant,foisonnant et porteur de sens.

Experimental Gentlemen (Part Two: Merchants of Light)

 

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24 février 2017

The Mute Gods- Tardigrades Will Inherit the Earth - Février 2017

 

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Nick Beggs ne passe pas inaperçu. Sur scène avec Steven Wilson ou Steve Hackett, son charisme attire les regards et l’attention. Cette personnalité singulière, auréolée de sourire et animée de talent, cultivant une forme de thèse du complot sur fond d'humour décalé, un peu déjanté, s'exprima lors de la sortie de Do Nothing Till You Hear From Me,il y a un an. Associé au savoir-faire du batteur Marco Minnemann ( The Aristocrats) et du clavieriste et arrangeur Roger King ( Steve Hackett), The Mute Gods a alors offert un rock progressif lorgnant vers le heavy ,le jazz ou le funk, se reposant parfois dans la douceur de ballades pop soyeuses. Manifeste de méfiance à l'égard des dirigeants de ce monde, entre mensonges et secrets bien gardés. Avec Tardigrades Will Inherit The Earth, The Mute Gods explore une face encore plus sombre du destin de l'homme, qui est cette fâcheuse tendance à l'autodestruction. Plus obscur, l'album rappelle la fragilité de nos existences, tout en dénonçant le rôle distractif des médias et des politiques. Influence incertaine des technologies, croyance aveugle en des dieux restant muets, environnement en danger, c'est beaucoup de craintes et peu d'espoir qui se diffusent de l'ambiance générale de cet album.



Après une introduction instrumentale où clavier et guitare nous baignent dans une ambiance dramatique et enivrante à la manière de Steve Hackett, les trois morceaux suivants (Animal Army, We Can’t Carry On et The Dumbing of The Stupid) changent de ton pour un caractère rock plutôt féroce. Ces morceaux ne se révèlent vraiment que lorsque les instruments prennent le pouvoir. En effet, la voix, peu puissante, gorgée d’effets, montre ses limites. Les mélodies répétitives, parfois fades ou dénuées d’émotion,ne séduisent pas forcément. Nick utilise la voix parlée et la réverbération, une voix déguisée, représentant peut-être les médias sous leur masque de séduction des masses. Les qualités d’instrumentistes des trois compères, elles, sont bien présentes, et lorsque la guitare sombre dévoile ses nappes ou qu’elle crie, semblant projeter des rais de lumière, nous voilà éblouis. Quand la batterie s’anime , que la basse se fait reine, que la grosse caisse gronde , nous voilà emportés. Musclé, The Dumbing Of The Stupid offre une belle conclusion. La guitare désinhibée, à l'allure déglinguée, s'envole de façon dispersée, les notes décollant telle une nuée d'oiseaux.

Listen to me now” déclame Nick. À ce moment, on est bien décidé à le suivre. C'est donc avec une attention renouvelée que l'on découvre Early Warning. L'ambiance y est grave, la voix plus posée et plus maîtrisée .La mélodie mélancolique se tisse sur un canevas d'arpèges de guitare. Le travail des claviers y est remarquable, parfaite illustration du message pesant qu'on nous délivre, la menace d'un futur sombre .Surprenant, Tardigrades Will Inherit The Earth fait référence à ces êtres microscopiques pouvant résister à des conditions extrêmes, qui seront peut-être un jour les derniers habitants de ce monde. Le morceau peut laisser perplexe au premier abord. Ancré dans une esthétique Darkwave , avec cette voix éraillée, cette diction saccadée, il nous replonge par exemple dans l'univers de Joy Division. Ce clavier à la sonorité connotée newwave nous ramène à nos chères années 80 et leur énergie acidulée. La surprise passée, le morceau se révèle addictif, voire jubilatoire. Sous les abords légers d'un clin d'œil au passé ,Nick sait nous toucher et nous faire adhérer à 100 % à cette composition aussi typée.Efficaces, les notes de guitare répétitives et le clavier sautillant qui soutient la mélodie s’agrippent à vous, redoutablement. Window onto The Sun  est une belle réussite, dotée d’une basse qui claque divinement et d’une guitare resplendissante. La mélodie séduisante ne souffre pas de faiblesse vocale car celle-ci est compensée par d’habiles superpositions. Balayant en partie mes doutes de départ,je constate que The Mute Gods est bel et bien inspiré ! Pour preuve deux superbes instrumentaux, le fragile Lament, effectué au Chapman stick, avec une délicatesse extrême et enrobé de sons de cordes, et l’énergique The Andromeda Strain ,à la basse puissante et au son de clavier semblant sortie du Camélien Moonmadness. On embarque dans ces univers avec délectation mais le voyage est bien trop court... Encadré par ces instrumentaux, The Singing Fish of Batticaloa s'impose pour moi comme le titre-phare de l'album. Pop progressive parée d'une mystérieuse mélancolie, il fait vibrer les imposants claviers oniriques  de Roger King. Les poissons chantants du Sri Lanka (phénomène réel que l'on entend dans le morceau ) sont le point de départ d'une composition empreinte de fascination et d'une aérienne magie. Avec Stranger Than Fiction ,The Mute Gods veut conclure l'album sur une note optimiste, avec l'amour pour remède. Cette composition restera pourtant trop banale pour nous emporter.

L'album nous laisse constater à nouveau l'immense qualité de jeu de Nick Beggs , Marco Minnemann et Roger King, chacun virtuose dans son domaine. Talentueux dans l'art d'offrir une musique hybride, décomplexée, faisant cohabiter ballades ultra satinées et trépidations véloces , Nick et sa bande font fi des carcans . Ils affirment ici avec force leur sincérité et leur plaisir de jouer. On ne peut pas y rester insensible.

 

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19 février 2017

Lisa Gerrard and Pieter Bourke - Duality -1998

 

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Aborder un album de Lisa Gerrard, c'est comme se trouver devant une forteresse couleur de jais, intimidante et imposante. Cette musique semble si impénétrable ...On tâtonne, comme effleurant  des pierres colossales à la recherche d'une porte. Enfin, on entre et on laisse le mystérieux bâtiment nous accueillir en son sein. Mais c'est seulement si l'on accepte de s'y perdre que l'on découvre les lieux secrets qui s'y cachent.



Pour son deuxième album en solo, Lisa a collaboré avec le percussionniste australien Pieter Bourke, avec qui elle avait déjà travaillé sur The Mirror Pool et sur la tournée Spiritchaser avec Dead Can Dance. La musique de Lisa garde la même esthétique, ces mêmes atmosphères mystiques ou pesantes et ce goût affirmé pour les rythmes tribaux ou orientaux .C’est là que le talent de Pieter Bourke peut s'exprimer pleinement.



La première apparition qui s'offre au visiteur attentif, c'est le spectre plaintif de Shadow Magnet qui hante les corridors dénués de lumière.

Soudain, comme si l'on ne soupçonnait pas la vie qui s'y cachait, surgit un espace peuplé qui se colore, au rythme chaloupé des percussions orientales. L’étroit couloir se change alors en une rue animée et vivante. Dans un lieu plus confidentiel, Tempest  dévoile une chambre secrète, repère de magie noire qui laisse résonner les accents cérémoniaux d'un rite ancien. Le chant se montre malicieux ,velouté et se mélange harmonieusement aux  ornementations vives que Madjid Khaladj, maître des percussions iraniennes ( tombak, daf et zang), fait pleuvoir avec toute son expertise. Forest Veil place l'auditeur au centre du bâtiment, dans un jardin persan, pour une déambulation poétique dans un paradis botanique où peuvent naître les rêves. The Comforter et The Unfolding guident nos pas vers le temple, lieu des résonances sacrées. Là, les voix entrelacées et leurs vibrantes harmoniques éclatent le long des voûtes.Le visiteur des lieux se trouve malgré lui percuté et enveloppé de vibrations magnétiques, délicieusement engourdi par la force surnaturelle émanant de la céleste voix de Lisa. Le rythme lent et la voix hypnotique de Pilgrimage of Lost Children maintient l'auditeur dans son engourdissement et le guide irrésistiblement vers d'autres horizons. Au terme d'une progression ascensionnelle,nous voilà postés au sommet d'une tour d'où notre regard peut se perdre sur l'étendue d'un désert brûlant, les tempes battant au rythme des percussions lentes, implacables. Puis c'est l'éveil, le sentiment de clairvoyance. Le superbe The Human Game se déroule de façon radieuse et se révèle la plus belle composition de cet album.On fait irruption dans la colossale et chatoyante salle de réception pour un moment d'exaltation. Après une introduction aérienne et intense, Lisa  y délaisse sa précieuse glossolalie pour un chant en langue anglaise. Elle utilise sa voix de façon différente, dans la retenue, sous une cascade de percussions et de lumineux yangqin. Le rythme, dansant, et les voix d'enfants invitent au bonheur et à sa célébration. La voix semble parfois chevrotante est fragile, contrastant avec la gravité et la puissance qu'elle insuffle dans la partie finale. Avec Sacrifice, Lisa élève son chant pur et divin .On retrouve la magie de Sanvean et sa beauté tragique. La forteresse se fissure, les murs tombent . L’éblouissante prestation vocale réduit en poussière les lieux sombres où l'humain se retranche. Il les vaporise en des milliers de particules de lumière. Les éclats d'or déposés tracent un chemin de joie d’où, au rythme plus léger de Nadir, l'optimisme sort vainqueur .



Lisa Gerrard poursuit ses pérégrinations exotiques et mystiques, évoluant dans le style unique et hors-norme qu'elle a créé avec Brendan Perry pour Dead Can Dance , durant presque deux décennies. Elle s'épanouit en solo à présent mais ne manque pas d'enrichir son travail et son expérience de nombreuses collaborations. Duality marque une nouvelle communion artistique ,cette fois avec Pieter Bourke. Elle unira  également son talent à celui d’ Hans Zimmer pour Gladiator en 2000 et Marcello De Francisci pour plusieurs longs-métrages et l'album Departure.Elle collaborera avec le compositeur irlandais Patrick Cassidy en 2004 pour l'album introspectif Immortal Memory.En 2008,c’est à Klaus Schulze, pionnier de la musique électronique , qu'elle prêtera sa voix.

Lisa poursuit donc son chemin,s’abreuvant d’expérimentations et de rencontres . Pourtant, elle

garde ce qui fait d'elle une artiste unique, ce goût pour les univers captivants, intenses et

contemplatifs et surtout ce chant profond, étonnant, presque irréel, produit d'une émotion pure.

 

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18 décembre 2016

Cosmograf-The Unreasonable Silence- Juin 2016

 

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Une errance nocturne, une route de campagne, un moteur, des voix, des pas, les lumières qu'on imagine dans la pénombre. Le silence de la nuit soudainement habité de vrombissements , le goût magnétique du surnaturel: l’introduction captivante du nouvel album de Cosmograf The Unreasonable Silence nous happe et , aussi clairement que l'image d'un film s’imprimant sur la rétine, le son vient titiller nos imaginations fertiles pour nous conter l'histoire d'un homme perdu dans un monde incompréhensible.Robin Armstrong nous livre une relecture de la philosophie de l'absurde de Camus à travers les tourments d'un homme désirant connaître sa raison d'être et qui cherche à être sauvé, pensant qu'il peut exister à nouveau au-delà du monde des humains.

 

Avec This Film Might Change Your Life , le voyage commence. Les bruitages étranges illustrant le contact avec des entités extraterrestres précèdent une étonnante salve de tirs de bataille stellaire, suivi de la retransmission d'une communication spatiale.Ces nombreux effets sonores permettent à Robin de donner à ses compositions beaucoup de caractère, et quand la batterie et les guitares s’en mêlent, c'est un déferlement de puissance. Au milieu trône un clavier tantôt euphorique, tantôt céleste.Robin se lance dans un solo de guitare brillant, associé à la basse musclée, pour un instrumental épique. Le chant est assuré,la mélodie efficace, ponctuée de séquences vocales déformées et inquiétantes. Après cette intense entrée en matière ,la guitare se fait mélancolique. Nous pouvons entendre un message de répondeur et devinons que le héros de notre histoire ne répondra pas.Non, au lieu de cela ,Robin se livre à l’ interprétation d'une mélodie tristement radieuse ,celle de Plastic Men ,où l'intensité du refrain livre l'énergie du désespoir.

Arcade Machine transpire l'anxiété et la paranoïa. Au départ, la voix de Robin lancée à pleine puissance insuffle une grande tension dramatique. Puis, le morceau alterne avec habileté des passages intensément sombres faisant résonner voix doom et riffs heavy et des passages psychédéliques de clavier et de guitare associés à un chant rappelant Waters. La voix d'outre-tombe ( ici d'outre-monde) installe une ambiance noire illustrant l'aliénation, la dématérialisation du monde virtuel. Dans la conclusion, magnifique, un solo de guitare de toute beauté illumine ce monde obscur.

RGB nous rappelle que Robin est un admirateur de Steven Wilson et que l'œuvre  de ce dernier a laissé en lui une empreinte forte. Au milieu de superbes envolées Wilsoniennes, on entend une voix presque métallique dans une atmosphère ouatée. Témoignage d'une âme confuse, faisant face à l'isolement , à une addiction télévisuelle et à de sévères hallucinations. Moment de folie d'un esprit embrumé, imbibé de folklore concernant les UFO et les aliens. Ils sont là, il les entend... “ We are coming for you”....

Entrée dans un prog rock  rayonnant, avec Four Wall Euphoria , habillé de choeurs vibrant à la manière des envolées de Pink Floyd. C'est ici la voix de Rachael Hawnt qui, entre autre, fait merveille, secondant la mélodie affirmée de Robin. Au gré de palpitations sonores dominées par une basse ultra- présente et un clavier mouvant, on nous enveloppe de guitares distordues puis funky. On nous injecte une bonne dose de substances addictives dans le dernier quart du morceau, monologue sur basse fiévreuse irradiant d'un sentiment d'urgence. Puis, on sombre en plein délire paranoïaque avec The Uniform Road . Gorgé d’effets sonores, de messages bienveillants et inquiets contrastant avec de menaçantes voix extraterrestres, le morceau se développe dans des riffs brutaux et des vocaux à pleine puissance. La section rythmique redouble d'énergie. Le résultat est un pur régal sonore qui nourrit à la fois  sens et imagination.

 

On ne compte pas un seul morceau faible sur cet album, mais mieux que cela, les trois derniers en sont l’apothéose. Apaisés, ils figurent la délivrance et le départ vers un monde meilleur. L’errance nocturne qui nous avait été présentée en introduction prend sa place dans la narration dans le court morceau The Silent Field . La rencontre salvatrice a lieu dans un univers sonore d'une profondeur intense. La nuit nous englobe, dans la solitude de la campagne, laissant s’épancher le mystérieux et le surnaturel. On quitte  la pesanteur terrestre avec le petit joyau hypnotique Relativity. C'est le morceau qui évoque le plus Porcupine Tree, en particulier dans sa partie finale, où la tension créée par la basse, suivie  d'un superbe déluge de guitare ,se situe quelque part entre Deadwing et Hatesong. Le final The Unreasonable Silence,floydienne pièce maîtresse de l'album, en est une parfaite conclusion. Guitare cristalline, mélodie veloutée, impression de flotter au-dessus de toute tension sur des notes de claviers rêveurs. Décollage vers l’inconnu ,déferlement d'émotions ….” Tell me now where you are”...déclame avec majesté Rachael Hawnt ,avant que la dernière vibration sonore ne soit rompue par un coup de feu, brutal, inattendu, et suivi d'un silence glaçant. On en ressort soufflé, tout simplement.

Expérience auditive globale et intense, on entre en immersion totale en écoutant The Unreasonable Silence. Robin Armstrong démontre ici son perfectionnisme dans la texture du son qui veut délivrer, sans compter la qualité remarquable de ses compositions. En s'entourant de pointures telles que Nick D’Virgilio à la batterie ( sur tous les titres), Nick Beggs et Dave Meros à la basse, il livre un petit bijou, à côté duquel vous ne devez pas passer.

Cosmograf - "The Unreasonable Silence"

Cosmograf - The Unreasonable Silence - Trailer#1



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