folklore

Big Big Train m'avait déjà épatée avec son double album English Electric en 2012. Avec ce nouvel opus, Folklore,le groupe ressort l'artillerie lourde ,son armée d'instrumentistes talentueux, escaladant ces monstres de morceaux,vallonnés , ravinés et sillonnés aux chemins tortueux dévoilant de superbes panoramas. Il est difficile de parler d'une musique aussi riche sans tomber dans l'énumération des différents styles qui façonnent la personnalité du groupe et sans se perdre dans le détail des interventions des instruments qui s'y épanouissent .Ce rock progressif, aux saveurs folk-jazz et symphonique explose,à coups de morceaux à tiroirs maîtrisés de bout en bout, insufflant des climats changeants,distillant une marée d'idées et de mouvements.

 

L'optimisme s'impose au fil des déclamations presque théâtrales de David Longdon ,naviguant avec habileté entre un chant passionné et un jeu de flûte à l'impétuosité euphorique. Ce déferlement d'énergie positive découle aussi des différents modes d'expression instrumentale,glissant avec raffinement. Les morceaux (œuvres de Greg Spawton ou de David Longdon ) laissent pantois quand on pense à la fertilité des imaginations qui ont bâti une matière si complexe ,détaillée,où chaque note, chaque bruissement a un sens et où, à chaque fois,une histoire attachante ou exaltante nous est contée.Cette musique coule,caresse et pirouette admirablement . Tout le plaisir qu'ont les musiciens à jouer ensemble nous parvient en une exquise contagion.Ce plaisir est flagrant lorsqu'on visionne la vidéo du titre Folklore ,le type de morceau qui nous gorge de ravissement . On en savoure chaque mouvement ,admirant la prestation des musiciens,pour chacun desquels un espace d'expression est largement ouvert. Comble de la félicité, la fin du morceau prend la forme d'un passage de relais entre les musiciens qui accomplissent leur solo entraînés par le rythme exalté de la flûte en arrière plan . Ce passage de relais illustre alors le thème de l'album, la transmission d'une tradition,d'une histoire,d'un rite,dans le déroulement cyclique des générations.

 

L'Angleterre ,source d'inspiration souveraine pour le groupe, est encore à l'honneur dans cet album. Big Big Train marque son inscription dans l'histoire de son pays et son enracinement affirmé. Il glorifie au fil de ces douze compositions le socle de leur culture,avec ses contes,ses aventures héroïques, ses croyances et ses pratiques. Avec le tranchant Wassail ,sa batterie et son orgue puissants, David Longdon a crée un hymne en l'honneur de chants païens censés éloigner l'esprit malin et permettre une bonne récolte de pommes. All Along The Ridgeway redonne vie à de vieilles légendes, histoires de dragons ou mémoires de batailles épiques , émanant toutes d'un même lieu,cette fameuse route ancestrale à l'auréole druidique. The Salisbury Giant ,témoin de l'histoire de Salisbury depuis le 14ème siècle ,est le héros d'une nouvelle procession,dans un morceau où la danse du clavier et des violons s'enflamment au milieu du bruit sourd des pas de géant simulés par la basse.Londres est la figure centrale de trois morceaux, London Plane ,ou le passage du temps vu depuis la perspective d' un arbre immortel. De ce lieu fixe on voit défiler les gamins des rues de l'instrumental Mudlarks ,tandis que les rivières s'écoulent elles aussi dans The lost rivers of London.,2 morceaux présents sur l'EP Wassail ,prélude à l'album,paru en 2015.

Le groupe nous raconte aussi la belle histoire de Winkie ,pigeon voyageur de la Royal Air Force qui sauva l'équipage d'un avion écrasé au large des côtes écossaises en 1942 ,en permettant d'orienter les recherches, dans un morceau épique ,tout comme le vol de cet oiseau. Entre moments de douceur et élans grandiloquents,le morceau illustre chaque moment de l'histoire avec un réalisme saisissant. Brookland nous transporte dans un autre lieu porteur d'histoire .Ce morceau est à la fois dédié à un lieu et à la mémoire d'un homme . Telling The Bees est une composition douce et pastorale traitant de la transmission des traditions .

 

Je ne sais pas si cette année 2016 offrira d'autres pépites comme celle-ci mais ,pour ma part, cet album tient le haut de l'affiche. Outre la production impeccable,la grâce classique des cordes et en particulier du violon de Rachel Hall ,la noblesse des cuivres,la complémentarité et la puissance dégagée par les différents claviers (Danny Manners , Andy Poole, Greg Spawton et Rickard Sjöblom) et les guitares de Rikard Sjöblom et de Dave Gregory,le tout rehaussé par la frappe experte de Nick D'Virgillio dans l'ensemble de l'opus ,je suis particulièrement sensible à l'enveloppement crée par la pédale basse associé aux claviers dantesques sur Wassail et Folklore - fabuleux !- à la finesse et l'originalité de l'espiègle Salisbury Giant – irrésistible- et à l'harmonie et à l'aspect mystérieux des voix baignant dans un enchaînement d'accords magiques dans The Transit Of Venus Across The Sun- pain béni pour tout mélomane ...

Folklore by Big Big Train